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Utrecht

Mercredi 30 Juillet

Les Hollandais parlent anglais entre eux, ils aiment ça. Pour moi, c'est terriblement agréable. Je ne suis pas exclu par la barrière de la langue...

Pas mal de gens arrivent au squat, dont des Roumains, Denisa, Adina et Claudio. Le squat se vide avec le départ pour la Croatie des habitants, et on se retrouve entre personnes de passage : Linda une Espagnole, les Roumains et moi.
Je discute avec les roumains, j'essaye de comprendre comment ca se passe bas. Je suis impressionné par les différences avec le monde que je connais... Le mieux est sûrement d'essayer de reconstituer cet échange de questions/réponses...


Est-ce qu'il y a beaucoup de fascistes en Roumanie ? Est-ce qu'ils sont forts ?
-Non, il n'y a qu'un parti, mais c'est plus un parti d'extrême droite, peu puissant ; non, il n'y a pas de fescistes.

Quelle est la situation politique actuelle du pays ?
-C'est le parti democrate qui est au pouvoir, c'est plutôt a droite.

Est-ce qu'il y a des mouvements sociaux, des grèves en Roumanie ?
-Non, pas vraiment. Il y a eu, il y a deux ans à peu près, une grève. Mais ca n'avait rien a voir avec un mouvement social, cela concernait juste une entreprise et ses employés.

Mais alors comment les gens expriment leur mécontentement ?
-C'est plutôt calme a Bucarest.

Je comprends pas, soit les gens sont heureux, soit ils ferment leur gueule ? Les gens sont heureux en roumanie ?
-Non, enfin oui, plutôt. Les gens ont connu tellement pire qu'ils trouvent que ca va plutôt bien. Sous le communisme c'était tellement pire...

Est ce qu'il y a des squats en Roumanie ?
-Non. On peut pas. Si on squatte, on se fait expulser par la police.

Est-ce qu'il y a des concerts punks ?
-Oui, parfois. Dans des salles où il passe toute sortes de musiques.

Parce que je ne connais pas de groupe punk roumain. Y a-t-il des groupes punk en Roumanie ?
-Non, quand il y a un concert, les groupes viennent d'ailleurs.

Est-ce qu'il est possible de ne pas travailler en Roumanie ?
-Oui, tu peux, t'es pas obligé de travailler.

Oui, mais est-ce effectivement possible ? L'Etat donne-t-il de l'argent ? On peut faire des récups ?
- Non, il a des aides sociales. Si tu travailles trois ans, tu as droit à 30€/mois pendant un an. C'est tout.

Donc, c'est pas possible. Tu dois travailler pour vivre.
-Oui, tu dois travailler.

J'imagine qu'il n'y a pas d'émeutes non plus en Roumanie ?
-Non.

Est-ce que la police est puissante ?
-Oui, très.

Les flics sont ils armés ?
-Oui, mais ce sont les militaires qui ont les armes à feu. En fait ils sont toujours deux : un flic et un militaire. C'est des patrouilles en binôme armée/civil. Mais ils ne s'attaquent pas au vrai problème.

C'est quoi le vrai problème ?
-La corruption, mais à haut niveau, la corruption politique. Ca, c'est le vrai problème.

Qu'est-ce qui a changé depuis le communisme ?
-C'est mieux. Ca va de mieux en mieux petit a petit. Mais c'est toujours les mêmes qui sont au pouvoir. Democratie ou pas, à ce niveau là ca ne change pas grand chose. Les puissants sont les mêmes.

C'est quoi le salaire moyen/minimum en Roumanie ?
-Ca dépend. Moi par exemple, je travaille 2/3h par jour et je gagne 120€ par mois. Quequ'un qui trqvqille a plein temps gagne 300/400€ par mois.

C'est tout !?
-Oui, mais on vit bien avec 400€ en roumanie.



Jeudi 31 Juillet

Ayant passé toute ma journée tout seul. Le squat étant maintenant complètement déserté, je décide d'aller voir ailleurs. J'ai une autre adresse de squat dans le centre ville. C'est plus un espace d'habitation qu'un espace d'activités, mais j'ai envie de rencontrer de nouvelles têtes. L'endroit s'appelle Ubica.





C'est énorme, hyper bien aménagé. Ca fait une vingtaine d'années que c'est squatté. C'est vrai qu'en france on a pas l'occasion de pouvoir s'installer dans un squat pendant 20ans...
Dans l'entrée, je trouve un carte d'Europe avec des squats et des photos des endroits indiqués. En France, il y a une photo des Tanneries.

S'il n'y a pas d'activités publiques dans ce lieu, c'est pour des raisons de sécurité incendie. Légalement, ils ne peuvent pas occuper le dernier étage et ne peuvent recevoir plus de 5 personnes à la fois.
D'ailleurs ils ne sont que 3 dans ce grand espace. Décidément tout le monde est en vacances.

J'apprends en relevant mes mails qu'il y a un festival antifasciste qui commence demain a la Haye. Voilà le suite de mon voyage toute trouvée...

Bruxelles - Utrecht

Mardi 29 Juillet

Je décolle a 9h. Je met des plombes a sortir de Bruxelles. Les gens à qui je demande de l'aide n'arrivent pas à penser les itinéraires pour les vélos, parfois, il ne parlent pas anglais non plus, juste flamand. Mais bon, comme d'habitude, après de longs et hasardeux détours, je finis par arriver sur ma route. Je suis un canal, quand le bitume n'est pas trop défoncé par les racines des arbres, c'est plutôt agréable...
Malgré le bonheurs des bandes cyclables belges, ca manque d'indications efficaces. Régulièrement, je me retrouve à un carrefour en me demandant quelle direction prendre. A un moment donné, je me trompe, je descend le canal plus que prévu. En soi, c'est pas très grave, sauf qu'il n'y a (presque)plus de ponts. Un canal et un rivière a traverser successivement pour être du côté d'Anvers.Je traverse le canal grâce à une sorte d'écluse géante, qui me paraît bien compliquée. Après trois ou quatre essais, à me retrouver bête devant un barrière fermée sans pont derrière, je finis par changer de rive une première fois. Et 500 mètre plus loin, je trouve un bac...




C'est le seul moyen de traverser. Il y a un aller/retour toute les demi heures. A la fois je suis frustré de devoir m'arrêter de devoir m'arrêter, a la fois, c'est hyper intéressant. Les centrales électriques, les pilonnes haute tension et les éoliennes géantes empêchent que ce soit vraiment beau, mais c'est typique. Ensuite, j'arrive très vite à Anvers. Des gamins, des indiens je crois, profitent de mon arrêt dans une boulangerie pour essayer de voler quelques unes de mes affaires. La technique on arrive à 7 et on t'embrouille est efficace. J'ai l'impression de beaucoup les amuser. Un commerçant vient à mon secours en faisant partir les merdeux. Je continue,en me demandant comment je vais arriver à sortir de la ville du bon côté. Je pratique ma technique habituelle : m'enfoncer dans le centre ville en cherchant des plans dans les abris bus ou derrière un panneau publicitaire. Je ne trouve rien qui puisse m'aider. Je demande, on m'indique. Je redemande, on m'indique à nouveau ; et j'avance comme ca, petit à petit. A Merksem, quand je passe à côté d'un magnifique parc, j'ai faim et soif, alors je m'arrête remplir mes bidons et manger mon riz blanc préparé la veille.
Après quoi je prends la N1 (la piste cyclable qui la longe plus exactement, sur les voies rapides, les vélos n'ont pas à circuler sur la même route que les engins à moteur mortifères). 70km de ligne droite. Il fait bon. Avec de la New Wave dans les oreilles, ca passe tout seul. Presque comme une sieste dans un hamac au début de l'automne...
Je passe la deuxième frontière depuis le début de ce voyage. La seule différence est la taille des maisons, qui me semblent énormes ici, en Hollande, et puis la qualité des voies cyclables, un peu plus accidentées qu'en Belgique.
Par contre, très vite, je trouve un système d'indications pour vélos qui m'impressionne. Les voies cyclables sont rouge brique(parfois même pavées de briques) et il y a (presque) partout de panneaux, rouges aussi, de la même taille et parfois parmis ceux pour les motorisés. Il est normal de trouver des panneaux qui indiquent les voies cyclables pour les villes jusqu'à 50km à la ronde... C'est parfait ! sauf qu'il y en a tellement qu'il arrive qu'on doive faire des détours et emprunter des "échangeurs" de voies cyclables. Il faut dire que lorsque les pistes cyclables longent les autoroutes, ça devient utile...






L'après midi avance, moi aussi. J'attrape une douleur dans le genoux droit. Supportable mais pénible ; c'est quand même moins facile d'avancer quand chaque coup de pédale est douloureux. Mais je refuse la douleur, je n'ai pas le choix.
A 18h, j'arrive dans Gronichen, au premier rond point il n'y a plus d'indications cyclistes... je pose le pied à terre pour réfléchir à la direction à prendre. Et je vois alors un homme d'une cinquantaine d'années accourir. Il me propose son aide. Je lui indique je vais et lui demande je peux trouver de l'eau. Il va remplir mes bidons chez lui, et me propose de m'accompagner jusqu'à la sortie de la ville. Je le suis, abasourdi par cette hospitalité. Il sort un vélo de course en carbone, un bête magnifique comme je n'en vois que sur catalogue. Ensuite, je n'ai qu'à suivre une rivière qui va jusqu'à Utrecht.
J'arrive au squat en début de soirée. Il n'y a que deux personnes, Gemma et Oppoe (ex container crusties from hell, Hysteria). Un bel endroit, qui s'apelle BikeWars...